3, 2, 1... décognition
Chaque semaine je partage une de mes réflexions sur un sujet de société, d’une manière, je l’espère, la plus pragmatique possible.
Cette semaine, on s’attaque à la construction même de nos opinions.
On a tous cette sensation bizarre : on n’arrive plus à se parler.
On a l’impression que le voisin vit dans une réalité alternative.
Que les faits ne comptent plus.
Pourtant pendant un temps, on a cru que la partie était gagnée.
Que la liberté de l’information l’avait emporté.
Souvenez-vous du monde d'avant. Celui du XXe siècle.
L'information était verticale, descendante, souvent contrôlée par l'État (l'ORTF en France) ou par quelques baronnies.
A cette époque là, on savait que le discours était formaté, que la "Voix de la France" ou les "JT" étaient des canaux officiels.
Puis, Internet est arrivé.
Le début des années 2000 a été vécu comme une libération, une explosion.
C'était la fin des gardiens du temple.
Chacun pouvait émettre, les blogs fleurissaient, l'information circulait horizontalement.
On pensait sincèrement que l'ère de la propagande de masse et du discours unique était derrière nous, enterrée par la technologie.
C’était la trajectoire de la modernité, la réussite du pari des Lumières, de celui de Kant : le Sapere Aude, "Ose savoir".
L’accomplissement de l'idée qu'un citoyen était capable de penser par et pour lui-même.
C’était le paroxysme de la démocratie.
Pourtant…
Nous avions tort.
Avec le recul, cette période de "chaos créatif" ressemble de plus en plus à une simple parenthèse historique.
Une anomalie de liberté qui est en train de se refermer brutalement.
Nous ne sommes pas restés dans cette plaine ouverte. Nous avons été repoussés vers de nouveaux enclos.
Le formatage est de retour, mais il a changé de visage : il n'est plus étatique et gris, il est algorithmique, divertissant et privatisé.
Ce n'est pas l'effondrement brutal décrit par Orwell dans 1984 (la censure militaire).
C'est la prophétie d'Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes qui se réalise : une servitude volontaire par la saturation et la distraction.
Car aujourd'hui, notre autonomie mentale est prise en étau par la convergence de trois forces : la concentration médiatique, l'ingénierie du consentement et la guerre cognitive.
C’est ce que j’appelle l’avènement de la Féodalité de l'opinion.
Alors, regardons ça dans le détail.
...